Restaurateur comparant des papiers et des factures avec une calculatrice à la table d'un bistrot lyonnais, rue de la Presqu'île par la fenêtre.
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Commission Uber Eats, Deliveroo : ce que la livraison coûte vraiment

L'équipe thegoodseat26 juin 20269 min de lecture

En France, une commande livrée via Uber Eats ou Deliveroo coûte au restaurant autour de 25 à 30 % de son montant — parfois davantage une fois les frais et la pub ajoutés, et hors TVA. Sur une marge nette qui dépasse rarement quelques pour cent, une commande livrée peut vite se faire à l'équilibre, voire à perte. Voici ce que ces plateformes coûtent vraiment, et comment arbitrer entre livraison, à emporter et commande directe.

Quelle commission Uber Eats et Deliveroo prélèvent-ils vraiment en France ?

Première vérité qui dérange : aucune des deux plateformes ne publie de grille de commission officielle pour la France. Les taux se négocient au cas par cas — selon votre volume, votre ville, votre type de cuisine et la formule choisie. Tout chiffre rond que vous lisez ailleurs est une fourchette, pas un tarif contractuel garanti.

Pour une commande livrée par les coursiers de la plateforme, la fourchette qui revient le plus souvent tourne autour de 25 à 30 %, et peut grimper vers 35 % tout compris. La presse professionnelle l'estime à 24-25 % par commande (L'Hôtellerie-Restauration), tandis qu'Uber Eats affiche dans ses propres « frais de mise en marché » des paliers allant de 20 % (offre de base) à 30 % selon la visibilité. Côté Deliveroo, rien n'est publié : les comparateurs évoquent 25 à 32 %, plutôt vers 32 % à Paris et 27 % en périphérie.

Bref, c'est le même réflexe que pour la réservation : avant de signer, on fait le calcul. On l'avait déjà fait côté résa dans notre article combien coûte vraiment TheFork à un bistrot — la logique du coût d'intermédiaire est exactement la même ici.

Le seul taux qui compte, c'est le vôtre — et il est hors taxes

Les commissions s'entendent HT : avec la TVA à 20 % par-dessus, 30 % HT représentent en réalité 36 % TTC du panier (la TVA reste récupérable, mais elle pèse sur la trésorerie). Le chiffre exact de votre contrat est visible dans votre Uber Eats Manager ou auprès de votre account manager Deliveroo : c'est le seul qui fasse foi.

25-30 %
Commission d'une commande livrée via plateforme (fourchette)
~3 %
Marge nette moyenne d'un resto traditionnel (FIDUCIAL 2024)
9 €
Prélevés sur une commande de 30 € à 30 % de commission
0,70 €
Coût d'encaissement de la même commande passée en direct

Coûts cachés : pourquoi la commission ne dit pas tout

Le pourcentage affiché n'est que la partie émergée. À côté de la commission de base, plusieurs lignes viennent gonfler la facture réelle — certaines obligatoires, d'autres « optionnelles » mais difficiles à éviter quand on veut rester visible.

  • Mise en place et référencement : tablette, intégration du menu, séance photo — un coût d'entrée variable selon la négociation (souvent offert en période d'essai).
  • Sponsoring et publicité : pour remonter dans l'algorithme, les plateformes proposent des mises en avant payantes — un restaurateur lyonnais cité par L'Hôtellerie-Restauration s'est vu proposer environ 100 €/semaine de visibilité.
  • Offres et promotions co-financées : les « -50 % » ou « livraison offerte » sont en partie à votre charge.
  • Emballage adapté au transport, à votre charge, sur chaque commande.
  • Frais de paiement et de service, généralement intégrés à la commission mais bien réels.

Attention à ne pas tout confondre : les frais de service (~10 % plafonnés à 3 €) et de livraison payés par le client final ne sont pas facturés au restaurant. Mais ils alourdissent l'addition affichée — donc freinent la commande et tirent vos prix vers le haut.

Combien reste-t-il vraiment au restaurant sur une commande de 30 € ?

Restaurateur au comptoir en zinc d'un bistrot lyonnais révisant sa trésorerie sur un ordinateur, avec carnet de comptes et calculatrice.
Sur une commande livrée à 30 % de commission, l'essentiel de la marge part avant même de payer la matière première.

Prenons une commande de 30 €. À 30 % de commission, la plateforme prélève 9 € : il vous reste 21 €. Sauf que ces 21 € doivent encore couvrir votre coût matière (souvent autour de 30 %, soit ~9 €), le personnel, l'énergie, le loyer et les charges. Quand chaque point compte, on commence par verrouiller le food cost — mais une commission de 30 % peut à elle seule absorber toute la marge.

Pour situer l'ordre de grandeur : une marge nette « saine » de restaurant traditionnel se vise autour de 5 à 10 % du chiffre d'affaires. La réalité moyenne 2024 est plus rude — environ 3 % du CA pour les sociétés à l'IS, selon l'Observatoire FIDUCIAL de la restauration. Autrement dit, sur le canal livraison, beaucoup de commandes se font à l'équilibre, voire à perte.

Un calcul volontairement simplifié

L'exemple des 30 € est arrondi en TTC pour l'illustration : en pratique la commission est facturée HT (TVA récupérable) et la vente à emporter relève d'une TVA à 10 %. Le message, lui, ne bouge pas — à 30 %, la commission mange l'essentiel de la marge.

Livraison, à emporter ou commande directe : quel canal coûte le moins cher ?

Client réglant au comptoir d'un bistrot lyonnais en tendant sa carte vers un terminal de paiement tenu par un serveur, ardoise et bouteilles en fond.
Une commande réglée en direct ne coûte que les frais de carte — quelques centimes, contre plusieurs euros de commission.

Tous les canaux ne se valent pas, loin de là. Le retrait sur place (à emporter / click & collect) coûte deux à trois fois moins cher que la livraison : France Num, le service de l'État, situe le click & collect entre 0 et 15 % du prix de vente, contre ~30 % pour la livraison. Et la commande passée en direct ne supporte que les frais d'encaissement.

CanalCe que ça coûte au restoQui livreDonnées clientÀ privilégier pour
Livraison plateforme≈ 25-30 % (jusqu'à 35 % tout compris), HT + TVALes coursiers de la plateformeLa plateformeAcquérir, gagner en visibilité
À emporter / click & collect≈ 7-20 % (souvent 10-15 %)Le client se déplaceLa plateformeLe volume de proximité, sans payer la course
Marque blanche (Uber Direct, Deliveroo Signature)Forfait par course (dès 5,90 € HT) ou commission réduiteCoursiers en marque blancheLe restaurantGarder la logistique sans la marketplace
Commande directe (site, téléphone)≈ 1,5 % + 0,25 € (frais de carte)Le restaurant ou le clientLe restaurantFidéliser, préserver la marge
Fourchettes indicatives — les taux des plateformes ne sont pas publiés et se négocient. Sources : L'Hôtellerie-Restauration, France Num (DGE), comparateurs pro, grille Stripe.

Concrètement, sur 30 € en direct via un terminal type Stripe (1,5 % + 0,25 €), l'encaissement coûte environ 0,70 € — à comparer aux ~9 € de commission d'une livraison à 30 %. Le direct ne remplace pas la livraison, mais chaque commande basculée dessus est une commande où vous gardez votre marge… et la relation client.

Uber Eats et Deliveroo : un duopole en pleine recomposition

Depuis le départ de Just Eat — qui a cessé toute activité en France le 9 décembre 2024, faute de rentabilité — le marché s'est resserré sur deux acteurs. Uber Eats référence environ 55 000 restaurants dans l'Hexagone, Deliveroo près de 35 000, sur un marché de la livraison estimé entre 7 et 9 milliards d'euros. Bref, un duopole de fait.

Et ce duopole change de mains au niveau mondial. DoorDash a finalisé le rachat de Deliveroo le 2 octobre 2025 (environ 2,9 milliards de livres), tandis que le néerlandais Prosus a absorbé Just Eat Takeaway.com pour ~4,1 milliards d'euros à l'automne 2025. Attention : cette dernière opération ne ramène pas Just Eat en France — la marque y reste fermée depuis fin 2024.

Pour un restaurateur, la leçon est simple : moins de concurrence entre plateformes, c'est moins de pression à la baisse sur les commissions, et une dépendance accrue à deux géants. D'où l'intérêt de ne pas mettre tous ses couverts dans le même panier — un réflexe qu'on détaille aussi côté réservation dans les alternatives à TheFork pour 2026.

Reprendre la main sur son canal direct, c'est aussi tout l'esprit de TheGoodSeat : son offre Pro mise sur la relation directe avec vos clients — celle que les plateformes ne vous laissent jamais vraiment posséder.

Comment réduire la facture sans tout couper ? 6 leviers concrets

Restaurateur lyonnais au comptoir de son bistrot consultant son smartphone, façades de la Presqu'île par la fenêtre
Arbitrer entre livraison, à emporter et commande directe, canal par canal, est devenu un réflexe de gestion.

Quitter les plateformes du jour au lendemain serait absurde : elles apportent de la visibilité et un volume incrémental. L'enjeu, c'est de piloter — réduire la ponction là où c'est possible et reprendre la main sur son canal direct. Voici six leviers, en partie issus des conseils de France Num.

  1. 1Négocier au volume : après quelques mois avec un bon niveau de commandes, demandez une révision de votre taux à votre account manager (Deliveroo est réputé le plus souple). Aucun barème public, mais ça se tente.
  2. 2Pousser la commande directe : un site de commande maison, c'est 0 % de commission externe, la liberté tarifaire et surtout vos données clients — celles que les plateformes gardent pour elles.
  3. 3Passer en marque blanche : Uber Direct (livraison à la course, dès 5,90 € HT) ou Deliveroo Signature intègrent commande et livraison sur votre site, à coût réduit par rapport à la marketplace.
  4. 4Ajuster la carte « livraison » : synchronisez vos prix et limitez la majoration en ligne — au-delà d'environ +10 %, Deliveroo pénalise votre visibilité.
  5. 5Choisir le canal selon le plat : privilégiez l'à emporter, moins coûteux, et réservez la livraison aux recettes qui voyagent bien et qui encaissent la commission.
  6. 6Externaliser la livraison à coût fixe : des prestataires comme Stuart (~7,5 à 9 € la course de moins de 3,5 km, sans commission) ou des coopératives locales facturent un forfait plutôt qu'un pourcentage.

Avantages

  • Visibilité et acquisition immédiates auprès d'une clientèle qui ne vous connaît pas.
  • Logistique de livraison clé en main, sans gérer de coursiers.
  • Un volume incrémental, souvent moins de 10 % du CA, sans investir.

Limites

  • Une commission de 25-30 % qui absorbe l'essentiel de la marge.
  • Une dépendance à un duopole qui se concentre.
  • Pas d'accès aux données clients, donc peu de fidélisation directe.
  • Des coûts cachés (pub, promos co-financées) qui s'ajoutent au taux.

Une réglementation à surveiller (sans s'affoler)

La directive européenne 2024/2831 sur le travail via les plateformes doit être transposée en France d'ici le 2 décembre 2026 : elle pose une présomption (réfragable) de salariat pour les livreurs et encadre le management algorithmique. Si elle renchérit le modèle des plateformes, une partie pourrait, à terme, se répercuter sur les commissions — une hypothèse, pas une certitude chiffrée. À suivre, sans en faire un argument de gestion immédiat.

Et si vous remplissiez votre salle sans commission par couvert ?

La livraison sert l'acquisition ; la salle pleine et la fidélité, c'est votre marge. TheGoodSeat aide les restaurants à remplir leurs créneaux creux et à faire revenir les clients en direct — l'offre Pro est à découvrir dans l'app.

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