Un serveur encaisse un paiement par carte et son pourboire dans un bistrot lyonnais, pieces de monnaie sur le comptoir en zinc
Restaurateurs

Pourboires en 2026 : encore exonérés d'impôt et de charges ?

L'équipe thegoodseat16 juin 20268 min de lecture

Oui, les pourboires restent exonérés d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales en 2026 : la loi de finances pour 2026 a prolongé le dispositif jusqu'au 31 décembre 2028. À condition de respecter trois règles — libéralité volontaire, salarié au contact de la clientèle, rémunération sous 1,6 SMIC — et de bien gérer le pourboire laissé par carte, qui doit revenir intégralement à l'équipe. Voici ce qui change et ce qu'il faut sécuriser côté paie.

Les pourboires sont-ils toujours exonérés d'impôt et de charges en 2026 ?

Oui — et c'est une vraie clarification. Fin 2025, le doute planait : le coup de pouce devait expirer au 31 décembre 2025, et beaucoup d'articles annonçaient déjà son extinction au 1er janvier 2026. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 5) a tranché : le dispositif est prolongé — pas pérennisé — jusqu'au 31 décembre 2028.

2028
Exonération prolongée jusqu'au 31 décembre
2 987 €
Plafond 1,6 SMIC/mois depuis le 1er juin 2026
+127 %
Pourboires par carte en France, 2023→2025 (Lightspeed)

Concrètement, les sommes laissées volontairement par les clients à vos salariés — en espèces comme par carte — échappent à l'impôt sur le revenu et aux cotisations sociales, salariales comme patronales, jusqu'à fin 2028. Le dispositif existe depuis 2022 ; il était jusqu'ici reconduit chaque année par les lois de finances successives. C'est la première fois qu'il est sécurisé sur trois ans d'un coup.

Périmé : « la fin de l'exonération au 1er janvier 2026 »

Si vous tombez sur un article de 2025 annonçant la fin du dispositif fin 2025, il est dépassé : la loi de finances pour 2026 l'a prolongé jusqu'au 31 décembre 2028. Vérifiez toujours la date de l'info — et la page de l'URSSAF, qui fait foi.

Quelles conditions pour que les pourboires soient exonérés ?

L'exonération n'est pas automatique : elle repose sur trois conditions cumulatives, que l'URSSAF rappelle clairement.

  1. 1Le pourboire est une libéralité volontaire du client — une somme laissée en plus, librement, en espèces directement au salarié ou via vous (carte, addition). Rien d'imposé.
  2. 2Le salarié est en contact avec la clientèle (salle, bar, accueil…). Les travailleurs indépendants en sont exclus, et le personnel sans contact habituel avec les clients n'entre, en principe, pas dans le dispositif.
  3. 3La rémunération du salarié, hors pourboires, ne dépasse pas 1,6 SMIC, appréciée mois par mois. Les pourboires eux-mêmes ne comptent pas dans ce calcul.
Cliente reglant l'addition par carte sur un terminal tendu par une serveuse dans un bistrot de Lyon, verre de vin rouge sur la table

1,6 SMIC : un plafond qui a bougé au 1er juin 2026

Le plafond suit le SMIC, revalorisé au 1er juin 2026 (12,31 €/h, soit 1 867,02 € brut/mois). 1,6 SMIC représente donc environ 2 987 € brut par mois depuis cette date, contre 2 916,85 € au premier semestre. C'est un calcul, pas un montant officiel figé : il évolue à chaque revalorisation du SMIC. En cas de doute, fiez-vous à l'URSSAF ou à votre gestionnaire de paie.

Le plafond s'apprécie chaque mois : un mois où un salarié dépasse 1,6 SMIC, ses pourboires de ce mois redeviennent imposables et cotisés ; le mois suivant sous le seuil, l'exonération s'applique de nouveau. Et même exonérés, les pourboires doivent être déclarés, notamment en DSN — ils entrent dans le revenu fiscal de référence du salarié.

Pourboire ou « service compris » : quelle différence ?

Tout ce qui ressemble à un pourboire ne l'est pas au sens fiscal. La ligne de partage est simple : est-ce volontaire, ou imposé ?

CritèrePourboire (libéralité)« Service » / montant obligatoire
NatureLaissé librement par le clientAjouté d'office à la note
Exonération 2026-2028Oui, sous conditionsNon
Cotisations & impôtExonérésSoumis (charges + IR)
Seule la somme volontairement remise par le client est exonérée ; un « pourcentage-service » ajouté d'office à l'addition reste traité comme du salaire (source : URSSAF).

Le vieux « 15 % service compris » relève de cette seconde catégorie : obligatoire et centralisé par l'établissement, il suit le régime du salaire. Le coup de pouce fiscal, lui, ne vise que le geste spontané du client.

Pourboire par carte bancaire : comment ça marche ?

C'est le vrai sujet de 2026. Avec le sans-contact, de plus en plus de clients laissent leur pourboire sur le terminal, plus sur la table. Selon une étude Lightspeed, la part des transactions avec pourboire digital dans les restaurants français est passée de 4,19 % en 2023 à 9,54 % en 2025 — plus du double en deux ans, pour un montant moyen autour de 4,60 €.

Quand le pourboire passe par votre terminal, il transite par les comptes de l'établissement avant d'arriver au salarié. Le Code du travail est sans ambiguïté (article L.3244-1) : toutes les sommes remises par les clients « pour le service », ou centralisées par l'employeur, sont reversées intégralement au personnel en contact avec la clientèle. Vous ne pouvez pas en garder une part.

Pourboire laisse dans une soucoupe, pieces et billet, a cote d'un porte-addition sur le comptoir en zinc d'un bistrot lyonnais

Le pourboire par carte n'est pas à vous

Encaisser le pourboire par carte ne le rend pas disponible pour l'établissement : il doit revenir en totalité aux salariés (art. L.3244-1). Côté gestion, isolez-le du chiffre d'affaires taxable et neutralisez-le en paie — un point à cadrer avec votre expert-comptable pour garder une traçabilité propre.

Cette traçabilité rejoint un autre chantier de 2026 : la dématérialisation des flux. Si vous structurez déjà vos process pour la facturation électronique, profitez-en pour clarifier le circuit du pourboire par carte (encaissement puis reversement), au même titre que le reste du paiement à table.

Qui touche le pourboire par carte et comment le répartir ?

Le reversement intégral, oui — mais à qui, et comment ? La loi vise « le personnel en contact avec la clientèle ». La répartition concrète — qui participe au partage et dans quelles proportions — est renvoyée à la convention collective ou, à défaut, à un accord interne.

  • Chacun garde ses pourboires : simple, mais difficile à appliquer dès que le paiement passe par un terminal commun.
  • Le pot commun (« tronc ») : les pourboires sont centralisés puis répartis selon une clé connue de l'équipe (heures travaillées, présence, points).
  • La place de la cuisine : la loi cible le personnel en contact avec la clientèle, et la jurisprudence admet d'écarter le personnel sans contact habituel. Beaucoup d'établissements intègrent malgré tout la cuisine au pot commun par accord — à cadrer par écrit, en s'appuyant sur la convention collective HCR.

Avantages

  • Lisse les écarts entre services et entre postes.
  • Plus simple à gérer quand tout passe par le terminal.
  • Renforce l'esprit d'équipe salle-cuisine.

Limites

  • Demande une clé de répartition claire et acceptée de tous.
  • Peut frustrer les meilleurs vendeurs qui « rapportent » plus.
  • Exige une trace écrite pour éviter les litiges.

Le « registre de répartition » : une bonne pratique, pas une obligation nommée

Aucun texte n'impose noir sur blanc un « registre des pourboires ». Mais comme vous devez pouvoir prouver le reversement intégral (art. L.3244-1), tenir un document de répartition — qui a touché quoi, selon quelle clé — est le meilleur moyen de sécuriser en cas de contrôle ou de litige. À conserver avec vos éléments de paie.

« Depuis qu'on a mis le pourboire sur le terminal, tout passe par le pot commun et on le partage aux heures. Le plus dur, ce n'était pas la règle — c'était de la mettre par écrit pour que personne ne se sente lésé. »

Julien, gérant d'un bistrot à la Croix-Rousse
Restaurateur lyonnais repartissant les pourboires en pieces et billets au comptoir, carnet et calculatrice, equipe en fond

Pourboires bien gérés : un argument pour fidéliser vos équipes ?

Dans un secteur sous tension sur le recrutement, des pourboires bien gérés font partie de la rémunération réelle de vos équipes — un argument d'attractivité à ne pas sous-estimer. Une politique claire (qui touche quoi, selon quelle clé) pèse autant que le montant lui-même : elle évite les tensions et fidélise. C'est une brique de plus dans votre capacité à recruter et fidéliser vos équipes, au même titre que le salaire et les conditions de travail.

Plus de couverts, plus de pourboires pour vos équipes

Un pourboire, ça se mérite service après service — et ça commence par une salle pleine. L'offre Pro thegoodseat aide les restaurants à remplir leur salle et à fidéliser leurs clients, pour que vos équipes tournent à plein. À vérifier dans l'app.

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